C’est donc à Nice que Valérie Nicolas a posé ses valises en 2008. Comme un nouveau défi au terme d’une carrière exceptionnelle qui a fait de cette Bretonne l’une des plus grandes joueuses de handball du monde. De son petit village de Lampaul-Guimiliau où elle débute le hand à  10 ans et termine 3ème du championnat de France Cadettes, jusqu’à la Côte d’Azur où elle a pris le pari de ramener le hand niçois au plus haut niveau, la gardienne aux 243 sélections a relevé tous les challenges avec une étonnante détermination.

A Plouvorn d’abord en National 2 où après avoir été aussi joueuse de champ, elle opte définitivement pour le poste de gardienne, elle a alors 16 ans ; à Gagny ensuite où elle débute en première division et supplante rapidement la gardienne de l’équipe de France, Nathalie Poulet ; à Besançon où pendant huit ans elle a atteint le sommet du hand français avec ce fameux quadruplé en 2003 (Championnat, Coupe de France, Coupe de la Ligue et Coupe des Vainqueurs de Coupes) sans oublier pour autant ses études puisqu’elle obtient sa licence en STAPS; au Danemark enfin dans « le meilleur championnat de clubs du monde » dit-elle, où pendant cinq ans, elle va enfin vivre le « professionnalisme  à 100 % » dans deux clubs de référence : à Viborg d’abord où elle remporte le titre suprême en 2006 avec la Ligue des Champions, puis à Ikast qu’elle hisse à la 2ème place du championnat danois.

Pas la première à être partie à l’étranger, mais certainement celle qui a su en tirer le meilleur profit dans son évolution. « C’est là-bas au Danemark qu’elle est devenue la meilleure gardienne du monde» dit Philippe Pailhories, le spécialiste du hand à L’Equipe. « Ce fut un élément fondamental dans sa progression, d’autant qu’elle n’avait pas forcément le physique pour réussir à ce niveau. On a souvent dit qu’il lui manquait 5 cm…mais quel talent et quel mental ! » Une phrase résume tout et elle est d’Olivier Krumbholz, l’entraîneur de l’équipe de France quand Valérie Nicolas en était la gardienne : « Elle est la joueuse la plus talentueuse que j’ai eu à coacher ». L’équipe de France où elle a passé 13 ans, de 1995 à 2008.

L’équipe de France qu’elle a su transcender en décembre 2003 en Croatie avec le titre mondial et une victoire en finale face à la Hongrie. Elle est désignée meilleure gardienne de la compétition mais surtout meilleure joueuse.

Philippe Pailhoriès, enfonce le clou : «Sans Valérie, l’équipe de France n’aurait pas été à ce niveau. Si on a autant parlé du hand féminin à L’Equipe, on le doit d’abord à elle. A elle seule, et sans l’avoir cherché, elle a été une fabuleuse promotion pour son sport, elle lui a donné une second souffle. Par son talent d’abord, mais surtout par son professionnalisme et son aura. Car Val n’est pas seulement une très grande sportive, c’est quelqu’un qui a une dimension humaine assez exceptionnelle. Partout où elle est passée, elle a fait l’unanimité, partout où elle est passée, elle a donné de la vie. C’est un bonheur de la côtoyer.» Un aimant qui attire les gens autour d’elle. Par son charisme et sa simplicité.

« Vous savez, ajoute le journaliste, je suis toujours ému quand j’entends la meilleure joueuse du monde actuelle, la Norvégienne Gro Hammerseng, me dire : « Valérie nous manque ».  De toute façon, partout où je vais à l’étranger, on ne me parle que d’elle… sur 20 minutes d’entretien il y en 18 sur Valérie…Val, c’est tout simplement une nana rare. »

Dans le paradoxe, comme c’est souvent le cas pour les grands champions, à la fois très humains et intraitables. « Elle peut être merveilleusement complice avec son entourage, mais dés qu’elle entre sur un terrain elle est capable de se recentrer à 100 % sur ses performances et devenir une « tueuse ».

Sa dernière grande compétition l’a prouvé. Lors des J.O de Pékin l’en dernier, elle n’est sans doute pas arrivée dans les meilleures conditions. On avait des doutes… mais elle a été « monstrueuse » jusqu’au bout de la compétition. » La France termine à la 5ème place.Valérie Nicolas a alors 33 ans. Il est peut-être temps de penser à l’après… « Ikast me proposait 2 ans de contrat, des clubs de D1 en France se sont aussi manifestés, mais c’était le moment de passer à autre chose. De penser à ma vie de femme et de me poser dans une ville, en France, où je me sente bien…» Nice lui offre alors ce qu’elle attendait : « un projet de vie… avec une véritable reconversion. » Chargée de mission à la mairie de Nice. « Ma mission ? Le développement du sport dans une ville qui veut retrouver une forte identité à ce niveau. » La voilà donc gardienne de l’ASPTT Nice en Nationale 2, la 4ème division ! Oh, pas longtemps, « l’effet Nicolas » est immédiat : invaincues dans leur championnat, les filles sont  promues en National 1. « De l’extérieur cela peut sembler un pari un peu fou, mais je sais que j’ai fait le meilleur choix… De toute façon, j’ai toujours fait confiance à mon feeling. » On peut dire qu’il ne l’a jamais trahie.

Pour preuve, les handballeuses de Nice ont gravi tous les échelons depuis. Trois accessions en quatre saisons et voilà les filles de l’OGC Nice dans l’élite au terme d’une saison 2011/2012 qui sera à graver d’une pierre blanche. La dernière de Valérie Nicolas qui a mis un terme définitif à sa carrière sportive le 12 mai sur un ultime succès, encore un, 37-16 face à La Motte Servolex. Sereine et souriante comme si ce dernier match de handball n’avait été qu’une étape vers une nouvelle vie qu’elle veut encore remplie de nouveaux défis. Prendre une nouvelle dimension professionnelle au sein de la direction des sports de la ville de Nice, devenir une consultante télé de référence et ce dès cet été à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres avec France Télévisions pour accompagner les matchs de l’équipe de France féminine de handball…enfin et surtout, fonder une famille. Celui là est assurément le plus beau.